Chroniques de Krän n°8
"77 ! Beau score n'est-ce pas ? C'est l'âge que j'ai aujourd'hui... Et oui, à présent je suis vieux, gras, décrépi, flasque et baveux... A 77 ans, celà fait longtemps qu'on a dépassé l'âge légal et pourtant lorsque fut venu le temps de mes 40 ans, mes enfants auraient du, comme le veut la tradition, m'empaler et me décapiter. Mais non ! A 40 ans, on a encore la force de soulever sa hâche et d'égorger ses enfants. Voilà comment mes 4 enfants légitimes (et une bonne quarantaine d'illégitimes) périrent ATROCEMENT (çà c'est du détail comme j'aime) lorsqu'ils vinrent me défier pour s'emparer de ma couronne. J'ai alors vieilli TRANQUILLEMENT... Je me suis même marié ! Une autre vieille ! Martha qu'elle s'appelle, elle, ses grosses miches et son gratin dauphinois. Comment ai-je pu devenir cette loque ridée qui vit juste aux crochets de la société ? Où est le temps béni où je vagabondais de taverne en orgie, de guerre en lapidation ? Celà me fait bien marrer lorsque des "jeunes" me disent que tout est possible, qu'on peut rester éternellement jeune, car tout est dans la tête. Personnellement je ne sais pas ce qu'il y a dans ma tête mais pas la jeunesse, car moi je ne peux pas rester une nuit sans me lever pour aller sur le trône et ce ne sont pas ces "jeunes" qui ont la vigoureuse inapte à se mettre au garde-à-vous. Et pourtant, pourquoi pas... Pourquoi pas une derniere fois déambuler hâche en main au milieu des décadents et des ivrognes ? Mon corps me doit bien çà ! Au moins une fois, une dernière fois..." Me voilà qui m'avance, direction le village. Je suis passé par l'arrière, sûr que si Martha m'avait vu, elle m'aurait empêcher de sortir, puis mis au lit, avec une tisane du jardin... Ah la taverne, lieu où les grands esprits se rencontrent pour s'enivrer et pour oublier ce qui leur trotte dans le cerveau et que l'on appelle "pensée" ou "réflexion". Des mouflets jouent devant le bar, ce sera celui qui osera s'approcher le plus de ce lieu où les grands se retrouvent, qui gagnera. Un seul parmi tous a un peu plus de courage que les autres... Il touche même la porte que les autres n'osent pas approcher à moins de 5 mètres... Petits morveux sans tripes ! Sûr que ma propre quarantaine de gosses n'osaient pas, étant petits, s'approcher de la porte. Au moins un parmi tous survivra, mais il a besoin qu'on l'initie... Pas grave si je ne vais pas me beurrer, puis me vider les bourses, de toute facon la bière çà fait pisser et déjà qu'à mon âge, sa vessie on la retient plus trop, alors avec de la bière... Et aprés, les putes, sûr qu'elles ne veulent pas comme client d'un vieillard bavochant qui ne se rattrape pas de sa mauvaise fortune par un coup de rein. Celà se respecte une fille publique, c'est délicat, çà choisit son client..."
Krän s'approcha alors de ce marmot avec cette démarche d'handicapé qu'ont les vieux (toujours obligé de s'attacher à quelque chose pour pas se vautrer), sa pauvre hâche lui servant de canne. Avant, le sang ne séchait jamais dessus. Maintenant, elle sert seulement de béquille à un déchet ridé qui n'a plus la force de la soulever bien haut pour déchiqueter quelques nains coquins.
A l'entrée de Krän dans la taverne, tous les bruits cessèrent. Tous étaient partagés entre l'envie de gerber et celle de se prosterner. Vomir, car tous étaient dégoutés qu'un tel être humanoïde puisse encore exister et exhiber son aspect répugnant à la vue de tous. Mais tous aussi étaient impressionnés par ce vieillard qui n'était autre le roi Krän 1er le sodomite, le mythe... tout court. Notre héros s'avança alors tenant fermement le gosse par l'encollure, écoeuré devant la lâcheté de ses contemporains qui n'osaient pas délivrer la Société de cet être rabougri aux cheveux blancs qu'il était devenu. Il s'assit à sa table et commanda de l'absynthe qu'il força le petit à boire (tout naturellement, aprés çà, on l'appela Verlaine). Celui-ci ne manqua pas de s'étouffer (faut dire aussi qu'à 7 ans, l'absinthe çà cogne un peu...) mais il était fort. Lui, il survivra. Krän lui tendit alors sa häche lui signifiant ainsi que, dorénavant, elle était sienne. Puis, paisiblement, il posa sa tête sur la table. "Dies irae" murmura-t-il lorsque la lame s'abattit...
Morale de l'histoire: Plutôt mourir dans son sang que dans sa pisse !
PS :
"Quel petit enfoiré ! Son coup de hâche était trop faible, ma tête n'est pas tombée ! Le temps que tout mon sang s'écoule j'en ai pour une bonne demi heure à gémir. Sûr qu'il l'a fait exprès... Il ira loin ce petit !"
par le zonard des étoiles
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